“ARCHIVE MOI !” Dans les classeurs du Marché Gare 2006-2020

 

Pendant toute l’année 2021, on fouille dans les classeurs de votre salle de concerts préférée. Vous avez envie de nous raconter une anecdote pour “Archive Moi !”, c’est par ici.

 

🎤 Les artistes : The Apartments.

 

📌 Date : 26 Avril 2016

 

 

— Présentation du groupe —

 

The Apartments par Vincent Arquillière du site PopNews

 

En 1994, The Apartments donnaient un concert inoubliable au Transbordeur dans le cadre du Festival des Inrocks. Un moment exceptionnel, tant les visites des Australiens en France – pourtant le pays où ils sont le plus appréciés – restaient aussi rares que leurs sorties discographiques.

 

Quelques années plus tard, Peter Milton Walsh, seul membre permanent de la formation, allait s’absenter du monde de la musique, n’y revenant que dans les années 2010, très graduellement. Au printemps 2016, avec un nouvel album dans ses valises (le magnifique “No Song, No Spell, No Madrigal”, sorti l’année précédente), il se produisait en trio acoustique au Marché Gare, accompagné des Français Natasha Penot (chœurs, clavier) et Antoine Chaperon (guitare). En dépouillant ainsi ses chansons à l’extrême, l’auteur de “Mr Somewhere” les rend encore plus bouleversantes. 

 

Le groupe sera à nouveau invité par le Marché Gare en octobre 2018, mais au Sonic dans le cadre de son programme hors les murs l’Echappée Sauvage. Le site Section26 avait capté le concert (vidéo ici) et FD Recordings avait pu réaliser une magnifique FD session sur le pont de la péniche. Vivement la prochaine tournée, quand les conditions le permettront…

 

 

— Le souvenir —
Par Stéphane Duchêne, journaliste au Petit Bulletin.

 

A l’époque, depuis fin 2013, Le Petit Bulletin organisait plusieurs fois par an avec Rain Dog Prod des PB Live. Des concerts dans des lieux pas comme les autres comme le Temple Lanterne, la Chapelle de la Trinité, le Théâtre des Ateliers.

 

Le Marché Gare a dû être la seule salle classique dans laquelle on s’est produit. Une histoire d’opportunité : Marc Cardonnel de Rain Dog était venu me voir en me demandant ce que je pensais de The Apartments, ajoutant qu’il y avait possibilité de le programmer en PB Live au Marché Gare. Lui connaissait sans plus. Je lui ai répondu quelque chose du genre : « si on fait The Apartments, je t’épouse ». C’était depuis près de 20 ans l’un de mes groupes préférés – d’ailleurs ce n’est pas un groupe. Je tiens “A Life Full of Farewells”, qui vient d’être réédité, comme l’une des plus belles choses jamais enregistrée.

 

Le truc c’est que je n’avais jamais vu Peter Milton Walsh en concert. Du coup, on l’a fait et en amont du concert, pour sa promotion dans le Petit Bulletin, j’ai pu interviewer Peter. L’une des plus belles interviews que j’ai faites. Peter m’a longuement parlé de son long retrait de la vie musicale, de la manière dont une poignée de fans français lui avaient remis le pied à l’étrier. Il m’a surtout parlé de la perte de son fils, 20 ans plus tôt, en très bas âge – raison de sa retraite –, parfois avec des trémolos dans la voix mais sans rien éluder. De la manière aussi dont il avait écrit l’album de son retour, “No Song, No Song, No Madrigal.” qui lui était dédié, de chansons qu’il ne s’était jamais imaginé jouer devant personne, tant elles étaient intimes. Tout ça avec une gentillesse et une intelligence incroyable. Et puis il m’a dit un truc du genre : « merci de ne pas m’avoir oublié » qui s’adressait à tous les gens qui lui avaient un peu forcé la main pour revenir.

 

Le concert, je l’ai traversé en lévitation si bien que j’en garde assez peu de souvenirs. Sauf de la fin, lorsqu’avec les deux musiciens qui l’accompagnait, il a joué le déchirant “Twenty One”, où il s’adresse à son fils en regrettant qu’il n’aura jamais 21 ans. À la fin de la chanson, j’étais en larmes et je ne m’en étais pas rendu-compte. Ma compagne n’a pas compris non plus ce qui m’arrivait.

 

Après le concert, on devait faire une petite interview vidéo dans les coulisses et j’arrivais à peine à parler. Mais Peter a été charmant, très drôle, d’une classe folle, sans jamais quitter ses lunettes de soleil, Il m’a raconté le monde perdu du Brisbane de sa jeunesse, qui s’était comme envolé, et finalement l’interview a ressemblé à quelque chose. Au-delà d’un concert magnifique, sans aucune objectivité, ç’a été l’un des moments les plus forts de ma vie professionnelle, probablement parce que c’était un peu plus que ça.

 

 

— Liens & Crédits —

 

🤜 The Apartments
📷 Photo portrait © Charles Piétri ; photos de concert © Darkglobe 

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